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Le poisson fossile qui allait accoucher

A la surprise gĂ©nĂ©rale, une Ă©quipe de palĂ©ontologues australiens vient de mettre en Ă©vidence, après une minutieuse analyse d’un fossile, un embryon Ă  l’intĂ©rieur du corps de sa mère. Mais il s’agit d’un poisson et, qui plus est, vieux de 380 millions d’annĂ©es !

« Nous avons dĂ©couvert la plus vieille maman du monde. » C’est en ces termes que John Long, du MusĂ©um Victoria (Melbourne, Australie) a commentĂ© la dĂ©couverte de son Ă©quipe. Par maman, il entend femelle gravide, c’est-Ă -dire portant un embryon. Il s’agit donc d’un animal vivipare, qui ne pond pas d’Ĺ“ufs mais accouche d’un petit. Par son âge, elle pulvĂ©rise le record du genre. Jusque-lĂ , le plus vieux vivipare connu Ă©tait un reptile marin du Jurassique, vivant il y a 180 millions d’annĂ©es.

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La maman des poissons (Materpiscis) vient d’accoucher d’un petit, encore accrochĂ© par un cordon ombilical. Extrait d’une vidĂ©o rĂ©alisĂ©e par le Museum Victoria. © Museum Victoria


Un fossile au scanner

Tout ce petit monde pond des Ĺ“ufs, comme le font tant d’animaux, et se reproduit par fĂ©condation externe, comme les poissons continueront Ă  le faire pendant des centaines de millions d’annĂ©es. Du moins le croyait-on jusqu’Ă  ce que John Long et ses collègues dĂ©nichent cette femelle ressemblant beaucoup au Gogonasus dans un endroit justement appelĂ© Formation Gogo, Ă  l’ouest de l’Australie et qui a dĂ©jĂ  livrĂ© de nombreux fossiles du DĂ©vonien supĂ©rieur. En 1979, un grand cinĂ©aste de la nature, Sir David Attenborough, avait popularisĂ© l’endroit dans la sĂ©rie de documentaires Live on Earth.

Les palĂ©ontologues ont extrait le fossile en 2005 mais la dĂ©couverte n’a pas Ă©tĂ© immĂ©diate. Les restes Ă©taient inclus dans la roche et il a fallu trois mois de bains dans l’acide acĂ©tique pour dĂ©gager les restes fossilisĂ©s. Les pièces dĂ©gagĂ©es ont ensuite Ă©tĂ© analysĂ©es dans un scanner CT (pour Computed Tomography), utilisant les rayons X et fonctionnant comme un scanner mĂ©dical. Cette tomographie a fourni une sĂ©rie d’images en coupe avec lesquelles un ordinateur a reconstituĂ© une image en trois dimensions. Il est apparu alors que quelques restes d’os se trouvaient Ă  l’intĂ©rieur.

« Lorsqu’on trouve un petit poisson dans un gros, on pense gĂ©nĂ©ralement qu’il s’agit d’un repas » plaisante John Long. Mais l’Ă©tude dĂ©taillĂ©e a montrĂ© que les os du petit poisson n’ont pas Ă©tĂ© brisĂ©s par des mâchoires ni attaquĂ©s par les sucs digestifs. L’analyse approfondie a ensuite rĂ©vĂ©lĂ© des parties molles, interprĂ©tĂ©es comme un sac vitellin (la poche emplie de vitellus, qui a le mĂŞme rĂ´le que le jaune d’Ĺ“uf) et un cordon ombilical. Les palĂ©ontologues ont alors trouvĂ© son nom de baptĂŞme : Materpiscis attenboroughi. Le premier terme (celui du genre) signifie mère poisson et le second (l’espèce) rend hommage au cinĂ©aste britannique.

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Les restes fossilisĂ©s d’une partie du corps de la femelle. Les os de l’embryon (Embryonic bones) sont colorĂ©s en vert sur l’image. On reconnaĂ®t les mâchoires (jaws). Des traces de parties molles sont interprĂ©tĂ©es comme un sac vitellin (yolk sac) et un cordon ombilical (Umbilical cord). © Museum Victoria

Plusieurs inventeurs pour la mĂŞme innovation

La surprise Ă©tait grande car personne ne soupçonnait une viviparitĂ© chez les placodermes. CaractĂ©ristique remarquable des mammifères (ornithorynques et Ă©chidnĂ©s mis Ă  part, car ils pondent des Ĺ“ufs), la rĂ©tention de l’embryon dans le corps de la femelle se rencontre chez des sĂ©laciens (requins et raies), quelques serpents, un lĂ©zard  et mĂŞme des crapauds. Manifestement, cette façon de mettre au monde a Ă©tĂ© inventĂ©e plusieurs fois Ă  diffĂ©rentes Ă©poques, avec des variantes. La stratĂ©gie peut ĂŞtre de conserver l’Ĺ“uf dans le corps de la femelle, dans lequel il Ă©clot (on parle d’ovoviviparitĂ©).

Ici, la prĂ©sence d’un cordon ombilical plaide pour une viviparitĂ© vraie. Les chercheurs, qui viennent de publier leurs rĂ©sultats dans Nature, semblent Ă©merveillĂ©s de leur dĂ©couverte, qui repousse la première viviparitĂ© de deux cents millions d’annĂ©es. Pour cĂ©lĂ©brer l’Ă©vĂ©nement, le MusĂ©um Victoria a rĂ©alisĂ© une superbe vidĂ©o montrant l’accouchement de Materpiscis attenboroughi. Dans une interview, visible sur la mĂŞme page Web, John Long raconte l’histoire (en anglais bien sĂ»r) et dĂ©taille les techniques mises en Ĺ“uvre. L’ensemble a vraiment la valeur d’un documentaire.


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One Response to “Le poisson fossile qui allait accoucher”

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